Quelles leçons tirer des inondations de 2020 pour améliorer les Systèmes d’Alertes Précoces au Sénégal

jeudi, avril 28, 2022

S’étant inscrit dans une dynamique d’apprentissage, l’Alliance Zurich à travers Practical Action et ISET International a entrepris une étude post-événement (Post-Event Review Capability) portant sur les inondations de 2020 au Sénégal, et en particulier dans la région de Thiès., L’objectif de l’étude consiste à identifier les facteurs de réussite et d’échec dans la gestion des inondations au Sénégal. Les Systèmes d’Alertes Précoces (SAP) sont apparus comme un thème central de l’étude du fait de leurs rôles clés dans la résilience communautaire face aux inondations ainsi que des opportunités d’amélioration qui existent. Dans ce blog, nous presentons une snythese des principales recommendations de l’etude

Que s’est-il passé ?

Du vendredi 4 au samedi 5 septembre 2020, des pluies intenses se sont abattues sur le Sénégal. En 24 heures, la région de Thiès a reçu environ 126,9 mm ce qui est largement supérieures au seuil critique correspondant à des « pluies intenses » qui est de 50 à 75 mm (En 24 heures). Ces fortes pluies associées aux facteurs de risques anthropiques ont causé des inondations généralisées dans 11 régions et 25 départements. Ces inondations ont entraîné des pertes économiques importantes et ont dégradé les conditions de vie des ménages impactés.

Carte : Impacts des inondations dans la région de Thiès et au Sénégal

Qu’avons-nous découvert ?

  • L’existence d’une SAP qui s’articule autour du Comité National de Gestion des Inondations (CNGI) constitué des acteurs étatiques majeurs du secteur. L’Agence Nationale de l’Aviation Civile et de la Météorologie (ANACIM) y occupe une place centrale car elle est chargée de produire et de partager l’information climatique. En effet, elle établit des prévisions à long terme (prévisions saisonnières), des prévisions intra-saisonnières (10 jours à 1 mois de validité), des prévisions à moyen terme (prévisions hebdomadaires, prévisions à 72 heures et à 24 heures) et des alertes plus spécifiques et précises émises entre 6h et 1h avant l’événement ; et elle les partage avec les autres membres du CNGI. Toutefois il existe encore certaines limites, dues en partie au non-fonctionnement du radar, contraignant l’ANACIM à se limiter à l’usage de stations automatiques qui sont bien moins précises. De plus, du fait de sa grande complexité, la pluviométrie seule ne permet pas de prévoir avec précision les inondations urbaines. L’accès à des données de qualité pour le Système d’Information géographique (SIG) notamment aux images satellite de haute définition constitue un défi pour les chercheurs locaux.
  • Les entretiens menés dans le cadre de notre etude post evenement, ont révélé deux problèmes majeurs dans la diffusion des messages d’alerte. Le premier est le manque de précision et de spécificité des messages d’alerte ce qui fait que les communautés ont des difficultés à interpréter l’information climatique. Le deuxième problème concerne la communication des messages d’alerte précoce qui n’intègrent pas de mesures à adopter pour réduire les risques. Les communautés ne prennent pas de mesure de prévention lorsque des alertes sont émises.

Quelles sont les possibilités d’amélioration ?

  • Former les communautés à une meilleure interprétation de l’information climatique : Il est important de mettre en œuvre des programmes de renforcement de capacités auprès des communautés pour comprendre l’information météorologique et les sensibiliser sur les risques d’inondation. Les programmes de formations doivent également être axés sur les bonnes pratiques en matière de réduction des risques d’inondations.
  • Adapter les messages d’alerte précoce aux communautés cibles et les accompagner de consignes : Les messages d’alerte destinés aux communautés doivent être adaptés au contexte local et transmis dans des supports pertinents. Les personnes interrogées ont mis en avant la nécessité d’accompagner les messages d’alertes d’informations additionnelles sur les impacts potentiels des fortes pluies et sur les actions spécifiques à mettre en œuvre pour amoindrir ces impacts
  • Renforcer la prévision des inondations : Pour disposer d’informations plus précises et fiables, il faudrait appuyer l’ANACIM dans sa dotation d’équipements à travers le radar présentant une meilleure évaluation de l’intensité des précipitations comparativement aux stations automatiques.
  • Renforcer les capacités des Comités Régionaux de Gestion des Inondations (CRGI) en prévention des risques : les personnes interrogées pour le PERC ont souligné le fait que la coordination entre les acteurs est plus forte pendant la phase de réponse aux catastrophes que lors de la phase de préparation ou de réduction des risques. Cela pose l’intérêt de renforcer les comités locaux dans l’interprétation et la diffusion de l’information climatique entre les acteurs et de veiller à une bonne coordination. Par la suite, les CRGI devraient définir un plan de préparation et de réponse face aux inondations inclusif et sensible au genre à Thiès. Ce plan doit être basé sur l’information climatique et la connaissance des zones à risque et celle des groupes les plus vulnérables.

En définitive, les Systèmes d’Alerte Précoces (SAP) sont bien au Sénégal établis dans le cadre des crises alimentaires, mais présentent encore des limites dans le contexte des inondations. Bien que l’ANACIM, dans le cadre du CNGI, joue un rôle important la dissémination de l’information climatique, des améliorations sont possibles en termes de contenu des messages et de mesures adéquates pour réduire les impacts des inondations.

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