Appliquons-nous réellement une politique équitable et inclusive de réduction de réduction des risques de catastrophe ?

vendredi, août 27, 2021

Par Lydia Darby

Lundi 26 juillet 2021

Pouvons-nous répondre aux questions suivantes sur l’équité de genre et l’inclusion sociale au sein de nos équipes et de nos programmes ?

Un travail efficace en faveur de l’équité de genre et de l’inclusion sociale (GESI) dans le domaine de la réduction des risques de catastrophes nécessite de la compréhension, du temps, des ressources, de l’engagement et de la responsabilité. Cela implique la mobilisation active des groupes sociaux qui sont touchés de manière disproportionnée par les catastrophes ainsi que leur autonomisation.

Commençons par balayer devant notre porte

Tout d’abord, posez la question de savoir si au sein de l’équipe, l’équilibre et la diversité entre les sexes sont respectés.

Les femmes, et les autres personnes sous-représentées doivent jouer un rôle important. Elles peuvent apporter des informations clés issues de leurs propres expériences, ce qui est particulièrement important lorsque l’on travaille avec d’autres groupes marginalisés. Cette politique peut s’avérer également pratique, par exemple lorsque nous devons animer un groupe de discussion exclusivement féminin. Elle permet de lutter contre les déséquilibres de pouvoir qui affectent la qualité des données, l’analyse et le degré d’inclusion des interventions que nous concevons ainsi que leurs incidences. Cela signifie également que nous posons des questions en nous appuyant sur une expérience commune (mais en aucun cas identique) et faisons preuve d’empathie.

Nous devons montrer l’exemple pour pouvoir promouvoir l’équité de genre et l’inclusion sociale (GESI). Non seulement la diversité au sein de nos équipes témoigne de nos valeurs, mais elle encourage également le leadership des groupes sous-représentés.

Avons-nous les connaissances, la compréhension et la conviction nécessaires pour aborder ces questions ?

Les obstacles à l’intégration des approches en matière de GESI dans les programmes de développement et de réduction des risques de catastrophes (RRC) peuvent résulter d’un manque d’expérience vécue, de connaissances et de conviction pour adopter la bonne approche. Il peut s’avérer difficile de remettre en question les inégalités dans les rapports de pouvoir et l’exclusion sociale pour des raisons culturelles, politiques ou personnelles.

Selon des études, le personnel des ONGpourrait négliger des questions telles que l’identité de genre, au motif qu’ellesdérangent et qu’il n’existe pas suffisamment de protocoles, de formation ou deressources pour traiter ces problématiques dans des contextes culturels différents

À défaut, que faut-il faire ?

En l’absence de diversité et de toute expérience vécue, nous devons être honnêtes et investir dans la formation afin de garantir des normes minimales. Nous devons en outre exprimer notre intention de travailler en faveur de la diversité et d’investir dans ce domaine à long terme. Cet objectif doit être une priorité avec un budget et des ressources qui lui sont dédiés. Il est essentiel de créer un environnement propice à l’apprentissage, avec des discussions d’équipe régulières et ciblées permettant de faire le point, de réfléchir et d’examiner la situation.

La promotion de l’apprentissage entre pairs et la création d’espaces de partage des meilleures pratiques ou stratégies peuvent constituer un autre outil puissant.

Avons-nous effectué une analyse contextuelle spécifique pour connaître les risques de catastrophe dans une perspective d’équité de genre et d’exclusion sociale ?

Une étude a-t-elle été réalisée pour savoir pourquoi les personnes exclues en raison de facteurs sociaux, économiques et culturels dans le contexte du projet sont plus vulnérables ? Les dynamiques sociales peuvent contribuer à la marginalisation et à la vulnérabilité des femmes, , des personnes âgées, des jeunes, des personnes handicapées, des minorités ethniques ou religieuses. Une telle étude selon ce rapport de l’ODI sur le genre et la résilience, peut « informer les praticiens sur… les spécificités liées au genre en matière d’accès et de contrôle des ressources naturelles, socio-économiques et politiques ».

Comme indiqué dans un blog précédent sur l’équité de genre et l’inclusion sociale, en adoptant une approche intersectorielle, nous découvrons les dynamiques qui influencent la vulnérabilité et la résilience. Dans chaque contexte, il existe des disparités et des inégalités culturelles dans l’accès aux marchés, aux biens, au pouvoir de décision, à la charge de travail, aux moyens de subsistance, aux revenus, aux capacités, ainsi que dans la capacité générale des individus à agir et à contrôler leur vie. La conception des projets doit reposer sur une compréhension claire des normes culturelles et spécifiques au contexte et sur la manière dont celles-ci conditionnent la vulnérabilité face au risque. Il convient de réfléchir à la manière dont les activités du projet pourraient répondre à ces normes, voire les remettre en question, dans le but de renforcer la résilience.

De même, disposons-nous du budget et des ressources nécessaires ?

Ce sont parfois les plus grands obstacles à la prise en compte des principes de GESI dans notre travail. Nous pouvons focaliser notre attention, notre engagement et donc nos ressources dans ce domaine grâce à un engagement précoce, à la création de politiques organisationnelles et à l’inclusion d’indicateurs , réalistes, atteignables et mesurables dans nos plans de suivi et d’évaluation (S & E). La prise en compte précoce des coûts d’une telle action nous évitera de prétexter l’insuffisance de budget comme excuse et de manquer à nos engagements.

À qui incombe cette tâche et qui doit en assumer la responsabilité ?

Cela devrait nous incomber à tous. Nous ne devons plus penser que la prise en compte de cette dimension dans les programmes relève de la responsabilité d’une poignée de personnes, comme les conseillers en matière de genre. Nous sommes tous responsables et imputables de la satisfaction des besoins des femmes et des personnes marginalisées. Autrement, nous ne pouvons espérer réaliser les objectifs que nous nous sommes fixés.

Quels sont les moyens mis en œuvre pour accroître les connaissances et mettre en commun les apprentissages ?

Investir dans la recherche et la collecte des connaissances susceptibles de renforcer les capacités au-delà de notre propre travail. Mettre en évidence les progrès et les réalisations par le biais d’études de cas permet de démontrer la valeur des programmes liés à la GESI.

S’engager de manière précoce, suivre et évaluer…

Implique-t-on dès le départ des personnes différentes en termes de sexe, d’âge, de capacités et d’identité ?

Il ne s’agit pas de solliciter les gens de façon superficielle ou pour la forme. Nous devons réellement impliquer les personnes marginalisées dans la planification, la conception et la réalisation des projets. Cela suppose la planification de bonnes méthodes, y compris des approches adaptées à l’âge et au handicap, afin de faire participer efficacement les autres. Cette démarche contribue également à renforcer le concept de durabilité. En impliquant les femmes, les jeunes, les personnes âgées, les personnes vivant avec un handicap, les populations autochtones et autres dans la conception, la formulation, la programmation et le suivi des stratégies de RRC, vous pouvez contribuer à garantir l’adhésion de ces groupes et la durabilité de votre projet.

Avons-nous fixé les bons objectifs dans la théorie du changement ou dans d’autres  documents de démarrage du projet ?

Ces documents, en plus de définir nos intentions et d’engager notre responsabilité, orientent notre effort de lutte contre l’inégalité et l’exclusion. Si nous menons ce travail avec sérieux, les objectifs et les activités de nos projets devraient clairement faire état des différences de capacités, de rôles, de représentation et de pouvoirs de décision, et répondre aux besoins pratiques et/ou stratégiques des groupes les plus vulnérables. La volonté d’adopter une approche fondée sur la GESI doit se manifester dès le départ. Il est préférable de fixer des objectifs réalisables et atteignables, et de réfléchir à ce que nous devons faire pour contrôler nos engagements, plutôt que de viser trop haut et de ne pas y arriver.

Existe-t-il des indicateurs spécifiques en matière de GESI dans les plans de suivi et d’évaluation du projet ?

L’équipe a-t-elle envisagé des moyens de vérification et la manière de contrôler ceux-ci ? Après avoir inclus les indicateurs, nous avons la possibilité de les vérifier — les interventions changent-elles la donne ? Réduisent-elles la vulnérabilité ? Modifient-elles les relations de pouvoir ? Améliorent-elles la prise de décision, la confiance ou l’autonomie ? Si ce n’est pas le cas, nous devons nous demander si nous adoptons la bonne approche ou si nous devrions changer quelque chose. Si c’est le cas, alors nous pouvons collecter ces connaissances et les partager avec d’autres, privilégier la multiplication de telles actions et veiller à les améliorer à l’avenir.

Qui collecte les données, et comment cela se passe-t-il ?

Comme décrit ci-dessus, il est important de savoir qui fait le travail. Nous devons tous prôner la collecte systématique de données et les désagréger au minimum par sexe, âge et handicap. Dans la mesure du possible, nous devons examiner les autres facteurs d’exclusion sociale et économique et collecter également ces données (statut économique, géographie, ethnicité, caste, religion, etc.) Utilisez ces données pour documenter votre projet et faire connaître aux décideurs les besoins et les capacités des groupes marginalisés.

Et se tourner vers l’extérieur…

Travaillons-nous avec les hommes, les garçons et la communauté au sens large         pour améliorer l’environnement ?

Les femmes, et les personnes qui peuvent être exclues socialement, culturellement ou économiquement sont confrontées à des désavantages structurels bien ancrés dans de nombreuses sociétés. Cependant, il ne suffit pas de se concentrer sur ces groupes de manière isolée. Nous devons nous interroger sur leurs relations avec les hommes, les garçons et la communauté au sens large. Il est également important d’identifier les responsables des communautés et de collaborer avec eux

Les interventions sont-elles adaptées au genre ?

Aller « au-delà de la participation » signifie assurer une intervention adaptée au sexe, à l’âge et au handicap des groupes marginalisés. Il ne suffit généralement pas d’offrir des chances égales, par exemple une session de formation à l’ensemble de la communauté. Le mode de vie, les moyens de subsistance et d’autres facteurs culturels s’y opposent. Au lieu de cela, nous pouvons faire des efforts supplémentaires, ou pratiquer une discrimination positive afin de favoriser une participation équitable à travers notre approche. Autrement dit, nous pouvons organiser des formations pour les femmesà des moments différents ou dans des lieux distincts qui cadrent avec leur vie et leurs activités. Il pourrait s’agir de formations destinées à des groupes de la communauté qui ont des besoins spécifiques en matière d’apprentissage et de compréhension. En adoptant des approches ciblées, nous encourageons les questions, explorons les expériences et recueillons les points de vue d’un plus grand nombre de personnes.

Répondons-nous à des besoins pratiques ou stratégiques ?

Répondre aux besoins sexospécifiques pratiques signifie que les interventions et les activités visent à traiter les besoins pratiques quotidiens des femmes et des hommes et à améliorer leurs conditions de vie. Répondre aux besoins sexospécifiques stratégiques signifie que les interventions s’attaquent aux inégalités structurelles liées à la division du travail, à l’accès et au contrôle des ressources et à la prise de décision afin d’améliorer la situation des hommes et des femmes, par exemple en ce qui concerne l’accès à la terre, aux marchés, à l’égalité des salaires, aux opportunités, à la prise de décision, etc.

Enfin, visons-nous à faire évoluer favorablement les inégalités de genre ?

Cette approche est censée produire des résultats de développement plus durables, à partir « d’interventions visant à combiner les efforts pour améliorer l’accès aux ressources, aux technologies et aux marchés, à comprendre et à remettre en question le contexte social qui permet aux inégalités de persister ». Ne pas tenir compte du genre dans nos évaluations ou supposer que toutes les personnes ont les mêmes besoins risque de les marginaliser davantage ou de renforcer les inégalités.

Utilisez ces questions pour guider les conversations, les ateliers, les réflexions sur les plans de S.& E, les propositions de projet et les progrès

Postez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.


Commentaires