Archéologie des projets: que pouvons-nous apprendre du passé?

dimanche, février 21, 2021

Dans ce deuxième de quatre blogs sur les changements pérennes, nous discutons des facteurs de pérennité de projets achevés, relatifs à la réduction des risques de catastrophe. Une série d’ateliers virtuels internationaux nous a permis d’identifier les aspects clés des impacts pérennes, en tenant compte des échelles et du cycle de projet, ainsi que la nécessité de rester flexible pour s’adapter à des contextes changeants.

 

  

Parler du passé n’est pas facile: la mémoire institutionnelle a pu être perdue en raison du changement de personnel, les rapports de projets terminés sont parfois égarés… Parfois, on préfère également ne pas s’attarder sur des interventions passées qui n’ont pas eu les effets escomptés.

 

 

En examinant la pérennité d’interventions achevées de réduction des risques de catastrophe dans notre série d’ateliers, chaque équipe-pays a identifié deux interventions qui ont duré dans le temps et une qui n’a pas duré, afin d’apprendre à la fois des échecs et des succès. Les facteurs clés de la pérennité des interventions que nous avons identifiés sont détaillés ci-dessous.

 

Facteurs clés pour des changements pérennes: analyse des échelles et du cycle de projet 

 

Niveaux et échelles 

 

La pérennité des interventions se produit à différents niveaux. Certaines interventions sont globalement autosuffisantes, c’est-à-dire que les communautés peuvent continuer à les entretenir et à les utiliser avec un soutien externe limité. Cela peut être le cas, par exemple, de formations sur les moyens de subsistance ou de la construction d’un pont en bois traditionnel pour évacuer pendant les inondations.

 

Mais la plupart des interventions nécessitent une interaction au niveau local, régional ou national pour mobiliser des ressources financières et techniques. Le processus d’institutionnalisation est alors fondamental car ces ressources ne peuvent être garanties à long terme que si elles sont incorporées dans la législation. La réplication à grande échelle dépend également fortement du changement de politique et des investissements publics.

 

La composante temps

 

Une autre dimension que nous avons examinée est celle du «temps»: la pérennité doit être pensée tout au long du cycle du projet. Au début d’un projet, les besoins réels et perçus doivent être correctement évalués comme première étape pour l’appropriation des interventions futures. Cela est vrai au niveau communautaire mais aussi aux niveaux local, régional et national: l’alignement sur les processus et les politiques existants facilite l’adoption des interventions.

 

Tout au long du projet, le transfert des connaissances est un autre élément clé, garantissant que les communautés et autres parties prenantes peuvent continuer à utiliser et entretenir les infrastructures ou à opérer des interventions immatérielles telles que les plans de résilience communautaire, les brigades de réduction des risques de catastrophe, etc.

 

À la fin du projet, le transfert formel vers la communauté et les acteurs locaux clarifie les responsabilités et facilite la redevabilité des acteurs locaux. La composante temps nous rappelle également que les projets et les politiques évoluent à un rythme différent… Les politiques peuvent changer plusieurs années après la fin d’un projet particulier: c’est pourquoi il est si important de planifier sur le long terme, même sur des projets qui ne durent que quelques mois ou années.

 

Conception et qualité

 

Pour les infrastructures physiques, telles que les stations de surveillance des précipitations, la qualité des composants est aussi cruciale que la conception des interventions. La conception doit garantir que l’infrastructure peut être adaptée et entretenue facilement, en utilisant les ressources techniques et financières existantes . Le recyclage et l’élimination des déchets sont d’autres aspects à examiner dès le début, bien que ces étapes soient plus susceptibles d’être pertinentes après la fin du projet.

 

Interventions flexibles

 

Enfin, il est également essentiel de reconnaître la nécessité d’interventions flexibles qui peuvent s’adapter aux conditions changeantes. Par exemple, le changement climatique modifie les scénarios de risque: certaines infrastructures peuvent devenir obsolètes, tandis que des actions immatérielles comme les formations aux premiers secours sont plus susceptibles de rester pertinentes pour des dangers nouveaux ou changeants.

 

Au cours d’une étude interne sur la réponse au COVID-19, nous avons d’ailleurs identifié que même si nos systèmes d’alerte précoce (SAP) sont axés sur les inondations, les canaux de communication des SAP peuvent être utilisés pour diffuser efficacement des bonnes pratiques en matière d’hygiène afin de réduire le risque de propagation du COVID-19. C’est un excellent exemple d’intervention flexible.

 

Ces facteurs de pérennité sont résumés, en anglais, dans le graphique ci-dessous:

 

 

« Échouer »: tirer les leçons des interventions non pérennes

 

Au cours de nos ateliers internes, nous avons également discuté honnêtement de ce qui a mal tourné dans certaines interventions passées.

 

Un système d’alerte précoce à succès puis démantelé 

 

 

L’une de ces interventions était un système d’alerte précoce pour les glissements de terrain et les inondations. Le projet avait été considéré comme un énorme succès une fois terminé. Cependant, peu de temps après que l’équipe de Practical Action se soit retirée de la communauté, les stations de surveillance ont été désassemblées. Que s’est-il passé?

 

La dépendance excessive à l’égard de quelques membres de l’autorité locale et le manque d’implication des organes régionaux font partie des causes identifiées. Lorsque les «champions» qui ont soutenu le projet au sein de la municipalité ont quitté leurs postes après les élections, les nouveaux dirigeants ont cessé de maintenir et de protéger le système, facilitant le vol du matériel.

 

Si le changement des fonctionnaires ne peut être évité, nous aurions dû prévoir un transfert de responsabilité plus clair vers la municipalité locale et de meilleurs mécanismes de redevabilité des autorités locales envers la communauté. Nous aurions dû également impliquer les autorités régionales, telles que le gouvernement régional et l’organisme régional de protection civile.  

 

 

En d’autres termes, nous n’avons pas établi de processus suffisants d’institutionnalisation et de redevabilité, tant de la part des utilisateurs du système (la municipalité) qu’aux échelons supérieurs du gouvernement.

 

Des services qui manquent leur objectif: la nécessité de comprendre les besoins

 

Dans un autre pays, nous avons formé des agents de santé animale auxquels les villageois pouvaient demander un soutien lorsque leurs animaux étaient blessés ou malades (par exemple à cause d’inondations). L’objectif était de créer des opportunités d’emploi pour ces agents de santé, ainsi que protéger les moyens de subsistance des villageois. Cette intervention n’a pas duré, probablement parce que l’analyse des besoins avait surestimé le nombre de personnes qui solliciteraient ce type de services.

 

Regarder en arrière donne un aperçu précieux des facteurs qui influencent la permanence des interventions et leurs impacts dans le temps. Dans le prochain blog, nous discuterons des outils pratiques pour identifier les facteurs de risque critiques pour des interventions spécifiques dans une perspective à long terme.

 

Ce blog est le deuxième d’une série de quatre blogs pour approfondir le sujet des impacts à long terme:

  • Le blog n ° 1 aborde les concepts de durabilité et de pérennité, et pourquoi nous devons mieux les intégrer dans notre travail
  • Le blog n ° 3 discute de ce que nous pouvons faire maintenant pour mieux intégrer la réflexion «à long terme» dans notre travail actuel.
  • Le blog n ° 4 est un joker, avec des conseils pour des ateliers d’apprentissage interactifs et amusants!

 

Contact: Emilie.marianne.etienne@gmail.com

Emilie Etienne, Pratique et Recherche sur les questions de pérennité. Précédemment Chargée de Programme Global chez Practical Action

 

Postez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.


Commentaires