Inondations en Afrique de l’Ouest : Ces catastrophes pas si naturelles

samedi, décembre 19, 2020

Chaque année, les pays de l’Afrique de l’Ouest sont fortement affectés par les inondations, 2020 ne déroge pas à la règle. Au mois d’Août, presque 16,000 personnes ont été touchées par les inondations du fleuve Niger à Niamey ; au Tchad 12.000 personnes ont été déplacées à cause des inondations durant le mois d’Août. D’importants dégâts matériels ont été également notés. Un évènement climatique catégorisé “catastrophe naturelle” lorsqu’on sait que l’élément déclencheur est la pluie, un paramètre sur lequel l’homme n’a pas d’emprise. Cependant, la récurrence de ces catastrophes, nous poussent à nous interroger sur son caractère “naturel”. En effet, les activités humaines créent ou aggravent-elles les risques aux inondations ? Quelles sont les meilleures approches d’intervention en amont et en aval du risque afin de sortir de ce cercle vicieux ?

Lorsqu’on s’intéresse de plus près aux causes des inondations et des pertes matériels et humaines qui en résultent, force est de reconnaitre que ces catastrophes sont loin d’être naturelle. En effet, il est possible d’agir en amont et en aval du risque afin de réduire les effets des inondations. Dans l’approche Réduction des Risques de Catastrophes (RRC), des efforts systématiques sont menés pour analyser et gérer les facteurs de risque en réduisant d’une part l’exposition des populations et de leurs biens aux inondations et d’autre part en diminuant leur vulnérabilité à travers un meilleur usage des sols et l’environnement et en améliorant la préparation aux événements défavorables.

Dégâts inondation Afrique de l'ouest

Un des prérequis à la Réduction des Risques de Catastrophes est la compréhension du risque et de ces composantes. Cela permet d’identifier les leviers à actionner pour le réduire et ainsi éviter les catastrophes. Le risque est défini comme étant la combinaison de l’aléa, de l’exposition et la vulnérabilité :

RISQUE & VULNÉRABILITÉ INONDATION

  • Aléas : Il s’agit de menaces potentielles et qui sont susceptibles de mettre en péril la vie des populations et leurs biens. Dans le cas du risque d’inondation, elles peuvent être naturelles en étant liées aux conditions climatiques ou géophysiques ; ou anthropiques en été due par exemple à une urbanisation défaillante, un aménagement routier mal conçu, une déforestation qui conduit à des ruissellements dangereux
  • Exposition : Il s’agit de la présence ou non de personnes, de leurs moyens de subsistance et des infrastructures dans la zone à risque en l’occurrence la zone inondable. En exemple, Au Nigéria, environ 25% de la production annuelle rizicole prévue au Nigeria a été emporté par les eaux, selon des sources officielles. 
  • Vulnérabilité : À ce niveau, deux types de vulnérabilités sont à considérer, la vulnérabilité physique et la vulnérabilité des personnes ou groupes spécifiques.

La vulnérabilité physique concerne les actifs (biens), il s’agit des conditions qui augmentent leur sensibilité aux impacts du risque d’inondation.

La vulnérabilité des personnes ou des groupes spécifiques peut être définis comme étant leur capacité réduite à anticiper, à faire face, à résister et à se remettre de l’impact d’un danger naturel ou d’origine anthropique.  Toute la population d’une zone peut avoir le même niveau d’exposition au risque mais les personnes âgées ou celles qui vivent avec un handicap comme la cécité, se trouve dans une position beaucoup plus vulnérable. Les différences, en termes de vulnérabilité, entre hommes et femmes, riches et pauvres, doivent également être compris et pris en compte.

Cette année beaucoup de pertes en vies humaines sont à déplorer. Au début du mois de septembre, les inondations ont causé au moins décès 42 au Niger, 30 au Nigeria, 6 au Sénégal, 4 au Ghana.

En définitive, il peut sembler compliqué d’agir sur les aléas qui sont souvent d’ordre naturel mais la catastrophe n’est pas une fatalité en soit. Nous devons agir pour éviter les catastrophes en évitant les aléas anthropiques et en réduisant l’exposition et la vulnérabilité des communautés de l’Afrique de l’Ouest aux inondations, car nous en avons le pouvoir. L’alliance Zurich à travers ce portail contribue à la diffusion de connaissances permettant à termes d’éviter les catastrophes.

Auteur: Pape Idrissa Diene, Junior Climate Resilience Advisor at Practical Action West Africa

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