Inondations et Covid19 en Afrique de l’Ouest

vendredi, novembre 27, 2020

Inondations et Covid19 en Afrique de l’ouest

Dans la région Afrique, plusieurs pays ont été victime d’une série d’inondation répétitive ces dernières années, résultant de fortes pluviométries. En Afrique de l’ouest, plusieurs pays ont été une fois ou régulièrement affectés par de violentes inondations ces deux dernières décennies. C’est le cas notamment du Sénégal, du Burkina Faso, du Togo, du Niger, du Ghana, de la Guinée Conakry, de la Côte d’Ivoire, de la Gambie, de Mauritanie, du Sierra Leone, du Nigéria, du Mali.

Inondations Afrique de l'Ouest

Les inondations sont définies comme des événements résultant essentiellement de précipitations abondantes qui engendrent des écoulements ne pouvant être contenus dans les chemins habituels de l’eau, ou par les aménagements artificiels destinés à leur maîtrise. Leur survenue dans ce contexte actuel marqué par la pandémie à COVID19 et ses conséquences sur les activités socio-économiques des communautés ouest africaines, pourrait être un défis de plus pour des Etats rudement affecté par le coronavirus.

Des prévisions météo favorables à la recrudescence des inondations

En Afrique de l’ouest, plusieurs pays ont été une fois ou régulièrement affectés par de violentes inondations ces deux dernières décennies. C’est le cas notamment du Sénégal, du Burkina Faso, du Togo, du Niger, du Ghana, de la Guinée Conakry, de la Côte d’Ivoire, de la Gambie, de Mauritanie, du Sierra Leone, du Nigéria, du Mali. La plupart de ces pays, risquent encore de connaitre des inondations cette année. En effet, le dernier bulletin spécial des prévisions saisonnières 2020 au Sahel et en Afrique de l’Ouest prévoit une saison des pluies globalement pluvieuses pour les zones sahélienne et soudanienne avec des quantités de pluies supérieures ou équivalentes aux moyennes calculées sur la période 1981-2010. Selon toujours ces prévisions, des écoulements globalement supérieurs ou équivalents aux moyennes sont attendus sur l’ensemble des bassins hydrographiques de la région.

Prévision Météo Inondation Afrique de l'Ouest

Les pluies diluviennes (250 mn d’eau en trois heures) enregistrées le 26 juin 2020 dans la ville d’Abidjan constituent déjà un aperçu de ce qu’une saison pluvieuse peut engendrer comme conséquences négatives dans des pays ouest africains souvent très vulnérables.

Des pays très vulnérables aux moyens limités

Les pays ouest africains ont presque tous le même profil en termes de vulnérabilité face aux risques d’inondation. Confrontés à une croissance démographique exponentielle avec comme effet induit une prolifération de villes, ces pays sont caractérisés (surtout en milieu urbain) par une forte densité de l’occupation du sol. Cette croissance démographique explosive des villes s’explique, entre autres facteurs, par les déplacements massifs de populations rurales motivées le plus souvent par la détérioration des conditions d’existence du fait des changements et variabilités climatiques. Ces populations délaissant les campagnes au profit des zones urbaines dans l’espoir d’y trouver un cadre idéal pour le bien-être social et économique, ont tendance à occuper des zones périurbaines le plus souvent impropres à l’habitation et généralement non aménagées. Ces difficultés liées à la démographique exponentielle viennent s’ajouter aux nombreux problèmes d’aménagement urbain qui aggravent fortement les risques d’inondation et surtout les dommages induits lorsque l’événement se produit. En effet, l’augmentation des volumes ruisselés, la diminution des temps d’écoulement dus à l’urbanisation proprement dite et au manque d’aménagement des espaces péri-urbains ainsi que la construction d’obstacles à l’écoulement canalisant les débits, accentuent du coup la vulnérabilité des villes ouest africaines aux inondations.

Vulnérabilité aux inondations en Afrique de l'Ouest

Cette vulnérabilité des pays ouest africains est amplifiée par leur statut de pays pauvres très endettés pour la plupart. Ce qui justifie une absence de ressources suffisantes pour d’une part prévenir et réduire les risques d’inondation et d’autre part faire face aux conséquences de ces inondations. Non seulement ces dernières affectent sévèrement l’ensemble des activités productives avec un impact sensible sur le PIB des pays, mais nécessitent en retour la mobilisation de beaucoup de ressources financières pour organiser la lutte contre les inondations.

Des risques d’inondations qui peuvent accentuer la propagation de la COVID19

Dans la quasi-totalité des villes ouest africaines, les inondations ont occasionné des catastrophes sur le plan de l’assainissement, qui est par ailleurs très préoccupant dans nos pays avec des réseaux d’évacuation des eaux usées à la fois insuffisants et sous dimensionnés. Ainsi, après chaque inondation, les habitations construites dans les zones inondables se retrouvent avec des ouvrages d’assainissement (latrines, fosses septiques, puisards, etc.) inondés. En outre, les maisons abandonnées surtout dans les zones péri-urbaines, se transforment en dépotoirs d’ordures. Le mélange entre les eaux (eaux de pluies, eaux-vannes) et les ordures, devient de facto un terreau fertile pour les germes pathogènes et les vecteurs de maladies liées à l’eau. Cette situation qui provoque généralement une surcharge de travail des agents de santé durant la saison des pluies, risque d’être exacerbée dans ce contexte de pandémie liée à la COVID-19.

En effet, il existe un lien évident entre la COVID-19, les inondations, les eaux usées et l’assainissement. Dans les villes les plus touchées par la pandémie en Europe, des traces du corona virus ont été retrouvées dans les eaux usées. En France, l’Académie de médecine recommande même de surveiller systématiquement les eaux usées afin de mieux appréhender la circulation du virus. De telles préoccupations sont beaucoup plus prononcées dans nos pays qui ne disposent pas souvent de systèmes adéquats de traitement et d’évacuation de ces eaux. Ce faisant, les inondations à travers le mélange entre eaux pluviales et eaux usées et en tant que vectrices de propagation de maladies hydriques, peuvent accentuer les problèmes de santé, contribuer à submerger les services de santé et annihiler les efforts de ces derniers dans la lutte contre la COVID-19.

Risque Inondation et Covid 19 en Afrique de l'Ouest

En fin, lors d’inondations en Afrique de l’ouest, les populations sinistrées sont généralement délocalisées vers des sites de relogement temporaire (écoles, camps, abris provisoires) qui leur servent de lieux d’hébergement pendant plusieurs semaines ou mois. Les conditions d’hébergement souvent décriées par le passé (promiscuité, manque d’eau, insuffisance de blocs sanitaires), ne seront pas certainement compatibles avec le respect des mesures barrières surtout en termes d’hygiène et de distanciation physique. Ces craintes sont déjà confirmées au Népal où une étude [1] Mercy Corps et Practical Action dans 5 districts a montré que la COVID-19 est un risque sérieux pour les communautés vulnérables aux inondations. En effet, elles amènent les gens à se rassembler sur des terrains plus élevés et à chercher refuge dans des abris d’évacuation surpeuplés ; ce qui rend difficile la distanciation physique. En outre avec des conséquences, telles que la perte de logements, les dommages causés aux infrastructures essentielles, notamment les établissements de santé, les abris collectifs et l’exposition à l’eau contaminée, peuvent aggraver les conditions socio-économiques des communautés affectées déjà par une insuffisance d’accès à l’eau propre et aux produits d’hygiène (savon…).

[1]https://floodresilience.net/resources/item/avoiding-a-perfect-storm-covid-19-and-floods-in-nepal

De probables difficultés à mobiliser des ressources financières pour lutter contre de futures inondations dans un contexte de COVID 19

A l’instar des autres catastrophes, la lutte contre les inondations nécessite la mobilisation de ressources financières conséquentes. Par exemple, à l’issue d’un Conseil présidentiel sur les inondations en septembre 2012, le gouvernement du Sénégal avait annoncé un plan décennal (2012-2022) d’un coût de 767 milliards FCFA. En 2013, la Banque mondiale avait approuvé un financement de 106,65 millions de dollars au Niger et de 100 millions de dollars au Benin en 2019 pour soutenir les efforts entrepris par ces pays pour réduire les risques d’inondation. Plus récemment, le gouvernement ivoirien a adopté mardi 30 juin 2020, un décret portant ratification d’un accord de prêt d’un montant de 188,7 milliards de FCFA pour réduire les risques d’inondation dans les zones vulnérables. Autant d’efforts pour des pays pauvres aux ressources limitées et qui doivent faire face actuellement aux conséquences de la pandémie et tout en préparant l’après COVIDAu début de la pandémie, la plupart des Etats ouest africains, avaient annoncé des plans de lutte à coût de centaine de milliards de francs CFA. La mobilisation de telles ressources constitue déjà un défi énorme pour ces pays. Dès lors, de futures inondations dans ce contexte de COVID-19 pourraient constituer un gros obstacle à la relance économique des pays ouest africains.

Au demeurant, les autorités, les ONG et les autres parties prenantes doivent gérer ces  deux risques d’une manière concertée en reconnaissant les vulnérabilités additionnelles apportées par le contexte de la pandémie de covid-19. Ainsi, il sera nécessaire de mobiliser des ressources financières pour l’intégration de la dimension COVID dans les plans de relogements temporaires des victimes des inondations.

Auteur: Docteur Mamadou DIOP, Chercheur Associé IED Afrique

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