La réalité des inondations urbaines à Thiès, au Sénégal

mercredi, février 23, 2022

Par Lydia Darby

L’expérience des membres de la communauté de Thiès-Nord, une zone urbaine du Sénégal sujette aux inondations où Practical Action travaille dans le cadre de l’Alliance Zurich pour la résilience aux inondations, plaide en faveur d’un investissement dans la résilience face aux inondations.

Il est difficile d’apprendre dans une école inondée

À l’école primaire de Petit Thialy, des bénévoles locaux creusent des tranchées et remblaient le sol avec du gravier et de la terre. « Cela empire chaque année », dit Marie-Jeanne, une enseignante de l’école, en faisant référence aux inondations, « mais cette année a été la plus difficile ».

Travaux à l’extérieur de l’école primaire de Petit Thialy, novembre 2021. Photo de Lydia Darby, Practical Action

L’école est inondée depuis septembre 2021, ce qui fait que l’année scolaire a commencé avec 15 jours de retard. Et la situation était encore mauvaise en novembre.

L’école primaire de Petit Thialy, novembre 2021. Photo de Lydia Darby, Practical Action

Les élèves et le personnel de l’école ne peuvent pas accéder aux toilettes en raison des inondations, et doivent se débrouiller seuls. Les robinets d’eau sont hors de portée des plus petits et le personnel se bat pour garder les enfants hors de l’eau pendant les pauses. Parfois, les enfants qui cherchent à éviter la cour inondée quittent l’école pendant les pauses, ce qui pose des problèmes de sécurité.

Ces conditions ont des effets négatifs sur la santé des élèves ainsi que sur leur formation. Outre les maladies et les absences, il est difficile de s’épanouir dans une école inondée.

Une communauté qui s’unit pour soutenir son école

La communauté refuse de rester inactive alors que l’éducation de ses enfants est en danger.

Marie-Jeanne ainsi que d’autres enseignants et parents comme Alioune Diop et Djibril Mbengue ont mis en place un comité pour gérer les inondations. De nombreux membres de la communauté ont, à un moment donné, « quitté leur travail pour venir aider ici afin que nos enfants puissent aller à l’école. L’équipe de football locale est venue avec du béton et du gravier », m’a raconté Djibril.

Pour tenter d’atténuer les effets négatifs sur la scolarité des élèves, l’école organise des cours de renforcement pour les aider à rattraper leur retard.

Le comité ne voit pas d’autre solution à long terme que de relocaliser l’école, mais certains membres sont réticents à l’idée d’envisager cette solution pendant l’année scolaire. Ils s’inquiètent des contraintes financières et logistiques qu’impliquerait la relocalisation de cette école de 12 classes. Parmi les autres solutions envisagées par le comité, citons la pose de tuyaux pour évacuer l’eau et, comme solution à court terme, le remblaiement des zones inondées. « Nous acceptons toute aide », déclare Alioune.

L’importance de la résilience psychologique

La force et la persévérance des habitants de ce quartier étaient évidentes.

Bien que l’approche de la mesure de la résilience des communautés face aux inondations (FRMC), utilisée par les membres de l’Alliance Zürich pour la résilience face aux inondations pour comprendre et renforcer la résilience des communautés exposées aux inondations comme celles de Thiès-Nord, ne mesure pas actuellement la résilience psychologique, celle-ci est un facteur important pour la façon dont les gens font face aux inondations.

La résilience psychologique fait référence aux attitudes et aux perceptions qu’ont les gens de leur propre résilience et de leurs capacités, ce qui peut avoir un impact significatif sur leur capacité à faire face et à se rétablir.

Lors d’une révision du FRMC menée par des experts en résilience en 2020, il a été suggéré qu’un niveau élevé de résilience subjective est généralement associé à une probabilité moindre d’adopter des stratégies d’adaptation négatives et à une capacité à s’engager dans des réponses plus adaptatives ou transformatives.

« Nos familles sont en danger. L’école est un problème mais ce n’est pas le seul, nous avons oublié les inondations qui ont eu lieu dans les quartiers. Toute l’attention est portée sur l’école, mais les rues sont aussi toujours inondées. »

– Membre de la communauté pendant la discussion sur les résultats

Un profil de risque d’inondation complexe à Thiès-Nord

Ce quartier de Thiès-Nord est confronté à trois défis qui se traduisent par un risque d’inondation élevé. Il s’agit de l’une des zones les plus basses de la ville, qui reçoit d’importants flux de surface provenant du plateau de Thiès. Un autre défi majeur est que dans la zone, la nappe phréatique est affleurente. Ces défis sont exacerbés par l’intensité croissante des précipitations due au réchauffement climatique.

Les rues à l’extérieur de l’école sont également inondées, et les eaux stagnantes restent en surface longtemps après que les pluies se soient calmées. L’eau est mélangée à des déchets plastiques et à d’autres débris, ce qui aggrave souvent les inondations dans d’autres communautés de la zone.

La route menant à l’école primaire de Petit Thialy, novembre 2021. Photo de Lydia Darby, Practical Action

Deux conséquences de ces défis, qui sont visibles à toute cette communauté, sont les eaux stagnantes et les défaillances des installations sanitaires. Ces deux phénomènes peuvent entraîner des problèmes de santé, tels que des maladies transmises par les moustiques ou la propagation d’infections facilement évitables.

Les toilettes inondées et la fosse septique de Ndèye dans sa cour à Thialy. Photo de Lydia Darby, Practical Action.

« Je ne peux pas me reloger, je n’ai qu’ici ».

« Je suis affectée par les inondations chaque année depuis dix ans maintenant », déclare Ndèye qui vit dans la communauté adjacente de Thialy. Ndèye vit près d’une grande étendue d’herbe qui est constamment gorgée d’eau et où les gens doivent utiliser un chemin de fortune fait de pneus pour traverser.

Une zone d’herbe non gérée par la communauté de Thialy. Elle est constamment gorgée d’eau et les gens doivent utiliser le chemin de fortune. De nombreuses maisons voisines sont abandonnées. Photo de Lydia Darby, Practical Action

D’un côté, les maisons sont abandonnées en raison des inondations passées. De l’autre, il y a le poste de santé qui souffre de problèmes d’accès lors des inondations.

« Je ne peux pas déménager. Je n’ai qu’ici. Si j’avais les moyens, je comblerais la zone ou je surélèverais même le bâtiment », a déclaré Ndèye.

Ndeye vit à côté de la zone inondée et couverte d’herbe. Photo de Lydia Darby, Practical Action.

Ndèye nous a montré ses toilettes inondées et son réservoir d’eau. Elle explique : « pendant la saison des pluies, ma cour est pleine d’eau. Je ne peux pas l’évacuer. Je travaille comme commerçante au marché, donc pendant les inondations, je dois me lever très tôt pour vider l’eau. »

« Les habitants de cette zone souffrent. Les services locaux se sont rendus sur place pour trouver des solutions, comme le remblayage, mais ce sont des solutions à court terme. La communauté locale essaie de réfléchir à des solutions à long terme. »

– Membre de la communauté pendant la discussion sur les résultats

Opportunité d’apprendre des inondations de Thiès en 2020

La région de Thiès a été touchée par une grave inondation en 2020. 16 quartiers ont été inondés, affectant près de 8 500 personnes, endommageant 85 maisons et blessant huit personnes.

Bien que les précipitations à Thiès (environ 126,9 mm en 24 heures) aient été largement supérieures au seuil critique de 75 mm – qui correspond à des « pluies intenses » – les inondations ne constituent pas un risque nouveau pour la région. Compte tenu du changement climatique et de ses conséquences, des événements météorologiques extrêmes comme celui-ci deviendront probablement la norme.

L’équipe de Practical Action, en partenariat avec ISET-international, a réalisé une étude PERC (Post-Event Review Capability) qui sera publiée dans les prochains mois. Le PERC est un cadre systématique pour l’analyse des catastrophes, qui se concentre sur la façon dont un événement spécifique est devenu un désastre, et sur la façon dont les futures catastrophes peuvent être évitées. Cette note d’orientation présente des recommandations pour renforcer les systèmes d’alerte précoce.

Il est clair que nous devons investir davantage dans la résilience face aux inondations afin de soutenir les habitants de communautés comme celles-ci. Nous avons déjà les outils et les solutions – restez à l’écoute pour la deuxième partie de cette série de blogs où je réfléchirai à la raison pour laquelle nous mesurons la résilience aux inondations, à la manière dont Practical Action le fait et à ce que cela peut signifier pour des endroits comme Thiès et ses habitants.

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