Les solutions d’adaptation fondées sur la nature sont sous-financées, mais offrent de gros avantages

jeudi, octobre 14, 2021

par Manish Bapna | Patricia Fuller, Jeudi 1er avril 2021

Les solutions fondées sur la nature sont essentielles à la promotion de l’adaptation au changement climatique. Il s’agit d’approches qui concourent à l’action de la nature, et non à son contraire — cela inclut la restauration des zones humides, qui peuvent protéger contre les tempêtes, et la conservation des forêts, qui stabilisent les sols et ralentissent le ruissellement de l’eau. Les forêts de mangroves, par exemple, permettent d’éviter des pertes liées aux inondations côtières à travers le monde entier, pour un montant estimé à 80 milliards de dollars par an, et pourraient contribuer à protéger jusqu’à 18 millions de personnes. En outre, les solutions fondées sur la nature peuvent offrir de nombreux avantages connexes — pour la nature, les économies, les communautés, la culture et la santé.

Zone de restauration de la mangrove à Vanga, au Kenya. Si elles sont protégées et restaurées, les forêts de mangroves pourraient protéger jusqu’à 18 millions de personnes dans le monde contre les inondations côtières. Photo : GRIDArendal.

Cependant, malgré ces avantages considérables, une nouvelle étude révèle que le soutien aux solutions d’adaptation fondées sur la nature dans les pays en développement n’a représenté que 1,5 % de l’ensemble du financement public international pour l’action climatique. Seule une poignée de grands donateurs bilatéraux et d’institutions multilatérales ont encouragé le financement public de telles initiatives.

Selon la toute première évaluation du financement mondial des solutions d’adaptation fondées sur la nature, réalisée par l’institut WRI et Climate Finance Advisors — en soutien au suivi des solutions fondées sur la nature de la Commission mondiale sur l’adaptation     —  si les solutions naturelles d’adaptation font l’objet d’une sensibilisation et d’un intérêt croissants, elles ne bénéficient toujours pas d’un appui financier adéquat dans les pays en développement.

Les fonds publics dédiés à ces initiatives commencent à augmenter, mais ils ne suffisent pas à répondre à la demande croissante de solutions d’adaptation fondées sur la nature. Les investissements bilatéraux et multilatéraux sont également essentiels à la mobilisation des financements privés tant recherchés.

Besoin urgent de financer des solutions d’adaptation  fondées sur la nature

Comme la Commission l’a souligné dans son rapport « Adapt Now » (« Adaptons-nous maintenant »), les solutions fondées  sur la nature offrent un « triple dividende ». Ainsi, elles aident les communautés à éviter les pertes dues aux effets climatiques en les protégeant contre les phénomènes météorologiques extrêmes et permettent ainsi aux pays d’économiser des milliards de dollars chaque année. Par exemple, la restauration des zones humides permet d’absorber et de filtrer les eaux de crue et les pluies excessives, aidant ainsi les communautés à éviter la perte de leurs biens et la contamination.

Les solutions fondées sur la nature génèrent également des revenus économiques grâce à la création immédiate d’emplois, l’augmentation de la productivité des entreprises et le tourisme. Par rapport aux infrastructures traditionnelles, ces solutions offrent souvent un rendement économique plus élevé, et sont plus rapides à mettre en œuvre et plus durables à long terme.

De plus, elles peuvent offrir d’autres avantages sociaux et environnementaux, tels que la purification de l’air contribuant ainsi à l’amélioration de la santé humaine, la séquestration du carbone ou la création d’habitats pour les espèces menacées. La plupart des interventions qui réduisent les effets du changement climatique augmentent également l’absorption et le stockage du carbone — les solutions climatiques naturelles, par exemple, peuvent fournir un tiers des mesures d’atténuation recherchées d’ici à 2030 pour maintenir le réchauffement en dessous de deux degrés Celsius.

Surmonter les obstacles financiers pour élargir la portée de ces solutions

Selon la Commission, malgré les avantages considérables que présentent ces approches, l’accès au financement est l’un des principaux obstacles à la généralisation de l’utilisation de solutions d’adaptation fondées sur la nature. Plusieurs problèmes y relatifs empêchent les pays de financer et de mettre en œuvre de telles approches à plus grande échelle.

Premièrement, les fonds disponibles ne suffisent pas à répondre à l’intérêt grandissant pour ce type de solutions. À ce jour, des appels incessants ont été lancés à l’ensemble des donateurs et des banques de développement, les exhortant à augmenter à hauteur de 50 % au moins la part du budget consacré à l’adaptation et à la résilience dans leurs financements pour le climat. Le dernier rapport de l’OCDE sur le financement de l’action climatique fourni et mobilisé par les pays développés montre que le financement public en faveur de l’adaptation a augmenté de 85 % en cinq ans — passant de 9,1 milliards de dollars en 2013 à 16,8 milliards de dollars en 2018. Cependant, les fonds pour l’adaptation tournent toujours autour de 20 % du financement mondial pour l’action climatique, et la part de ressources dédiées aux solutions d’adaptation fondées sur la nature est considérablement plus faible.

Deuxièmement, les partenaires au développement ne disposent pas de définitions et de lignes directrices claires et normalisées pour suivre de manière cohérente le financement des solutions fondées sur la nature, ce qui rend difficile la quantification et le suivi de ces investissements.

Troisièmement, l’absence de critères et de méthodologies standard pour mesurer les avantages des solutions fondées sur la nature fait que les pays et les bailleurs de fonds ont du mal à les comparer à d’autres options d’investissement potentielles.

Quatrièmement, de nombreux pays en développement ne disposent pas de l’expertise technique nécessaire pour intégrer les approches fondées sur la nature dans leurs plans et leurs stratégies d’investissement et pour développer un portefeuille solide de projets. Cette carence, combinée à l’absence d’orientations claires sur la manière dont le financement de l’action climatique peut soutenir les investissements en faveur de ces investissements, entrave l’accès de nombreux pays au financement.

Pour lever chacun de ces obstacles, les donateurs bilatéraux et les banques multilatérales de développement pourraient envisager les mesures suivantes :

  • Mobiliser davantage de financements publics. Avant la COP26 en novembre, les partenaires au développement pourraient identifier des pistes stratégiques leur permettant de prendre en compte les approches fondées sur la nature dans les nouveaux engagements qu’ils prendront en matière de financement pour l’adaptation. Un financement public plus important peut également contribuer à catalyser les investissements indispensables du secteur privé. Par exemple, les gouvernements américain et canadien ont soutenu le projet Natural Infrastructure for Water Security au Pérou afin d’augmenter les investissements dans la gestion et la restauration des bassins versants, et ce pour préserver l’approvisionnement en eau et accroître la résilience face aux effets climatiques. Leurs investissements ont permis au gouvernement péruvien de mobiliser plus de 30 millions de dollars collectés auprès des services publics et d’autres utilisateurs de l’eau dans le cadre d’un programme gouvernemental visant à renforcer la sécurité de l’eau.
  • Améliorer le suivi et la présentation de rapports concernant les financements afin de permettre des évaluations plus précises et plus cohérentes des fonds destinés à soutenir les solutions d’adaptation fondées sur la nature. Les pays donateurs et les institutions multilatérales rendent déjà compte de leurs contributions au Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE. Ils pourraient  ainsi collaborer avec ce dernier en vue d’élaborer des orientations communes sur la manière de spécifier les financements liés aux solutions fondées sur la nature.
  • Identifier de meilleurs moyens de mesurer les avantages tirés des solutions d’adaptation fondées sur la nature. Il convient d’appuyer le renforcement des capacités pour aider les pays à élaborer, adopter et accélérer des initiatives communes permettant de quantifier et d’évaluer ces avantages de  manière à éclairer les décisions politiques et d’investissement. Sinon, il sera difficile pour les investisseurs et autres décideurs de comparer les solutions fondées sur la nature avec les approches conventionnelles, par exemple en matière de développement d’infrastructures.
  • Appuyer l’intégration de solutions fondées sur la nature dans les efforts d’adaptation. Une assistance technique et un soutien au renforcement des capacités pourraient être fournis pour aider les pays en développement à évaluer les coûts et les avantages de ces solutions et à intégrer ces approches dans leurs plans nationaux d’adaptation et de développement à long terme. De plus, ces pays devraient bénéficier d’un appui en faveur du développement de projets locaux visant à faire bénéficier directement les communautés de ces avantages.

Face à l’accroissement des défis mondiaux liés au changement climatique, à la perte de la biodiversité et à la crise sanitaire et économique mondiale actuelle, les solutions fondées sur la nature ont suscité un intérêt et une prise de conscience accrus ces dernières années — mais il reste encore beaucoup à faire pour qu’elles soient adoptées à grande échelle. Au moment où les pays donateurs et les institutions financières rédigent leurs engagements en vue de la COP26, ils ne doivent pas oublier les potentialités offertes par les solutions fondées sur la nature et le large éventail de bénéfices qu’elles peuvent apporter en matière d’adaptation.

Ce blog a été initialement publié par World Resource Institute le 22 mars. Vous pouvez lire la version originale ici.

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